Le texte intégral de la lettre de Martine Aubry à Manuel Valls


Le 13 juillet 2OO9

Monsieur Manuel VALLS

Cher Manuel,

Notre Parti a besoin de chacun des socialistes pour contribuer à son redressement après des années difficiles ponctuées par trois échecs à la présidentielle et un Congrès de Reims difficile qui a laissé une image déplorable de notre parti. Au congrès, les militants nous ont demandé avec force de jouer notre rôle de principal parti d’opposition apparaît injuste, ou inefficace, et de proposer une alternative qu’attend aujourd’hui notre pays. Ils nous ont aussi demandé de nous réunir et de parler d’une même voix.
Depuis cette date, et personne ne le conteste, le parti s’est remis au travail, s’est ouvert sur la société et a su porter des propositions fortes. Nos parlementaires mènent depuis plusieurs mois un travail coordonné et tout à fait remarquable.
Par ailleurs, j’ai mis toute mon énergie à rassembler les diverses sensibilités dans le respect de la ligne politique définie par le Congrès de Reims, aujourd’hui présentes dans la direction. Je suis d’ailleurs heureuse des relations de confiance qui me permettent de débattre en toute sérénité avec Ségolène Royal.
A la suite des élections européennes, nous avons défini notre feuille de route, en nous attelant à deux tâches essentielles : la préparation du projet et le rassemblement de la Gauche.

Le séminaire de Marcoussis a constitué le coup d’envoi de ce travail collectif. Chacun a reconnu la qualité du débat qui nous a rassemblés.

Par ailleurs, après de nombreux contacts avec nos partenaires de la gauche, j’ai écrit à chacun d’entre eux pour engager une nouvelle démarche de rassemblement, fondée sur les idées comme sur la stratégie politique.
Force est de constater que ce travail collectif pour moderniser nos idées est contrarié chaque jour par la cacophonie d’expressions isolées -d’ailleurs le plus souvent contradictoires-, et par des initiatives solitaires prenant le contrepied des positions de notre Parti.
S’engager dans un Parti, c’est un acte d’adhésion à des valeurs et des pratiques communes, mais c’est aussi - qui plus est dans un parti démocratique comme le nôtre-, accepter de débattre en son sein, d’y apporter ses idées et ses réflexions, et lorsque la décision est prise de la respecter et la porter dans l’opinion.
On ne peut utiliser un Parti pour obtenir des mandats et des succès, en s’appuyant sur la force et la légitimité d’une organisation collective, et s’en affranchir pour exister dans les médias à des fins de promotion personnelle. On n’appartient pas à un Parti pour s’en servir mais pour le servir. Les militants et même les français exigent de nous du travail, du courage et des idées.
Il n’y a pas un jour, mon cher Manuel, où tu n’expliques aux médias que notre parti est en crise profonde, qu’il va disparaître et qu’il ne mérite pas de se redresser. Paradoxalement, tu t’appuies sur nos règles collectives pour appeler à « l’insurrection militante ».
Les militants, eux, ont un souhait, c’est que tu mettes ton intelligence et ton engagement au service du Parti et donc des Français. Tes propos, loin d’apporter une solution, portent atteinte à tous les militants et à tous les dirigeants, qui aujourd’hui travaillent à retrouver la confiance avec nos concitoyens.
Tu donnes l’impression d’attendre, voire d’espérer la fin du Parti Socialiste.
Mon cher Manuel, s’il s’agit pour toi de tirer la sonnette d’alarme par rapport à un Parti auquel tu tiens, alors tu dois cesser ces propos publics et apporter en notre sein tes idées et ton engagement. Si les propos que tu exprimes, reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste.
Je ne peux, en tant que première secrétaire, accepter qu’il soit porté atteinte au travail que nous avons le devoir de réaliser. La discipline n’est pas la police des idées, mais la condition de la cohésion et de la réussite d’une équipe.
C’est un moment de vérité. Je te demande de me faire part de ton choix dans les jours qui viennent, et d’en assumer toutes les conséquences pour l’avenir.

Avec toute mon amitié.

 

Martine AUBRY

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Martine Aubry veut du silence dans les rangs: la bonne méthode pour relancer le PS?

                                         Par marcvasseur                                
         le 15/07/2009

       

               Martine Aubry.         

Dans un courrier adressé à Manuel Valls, notre première secrétaire entend donc faire taire toute critique sur le Parti socialiste… Certains vont être tentés d’interpréter cela comme une nouvelle glaciation du Parti et rien de plus.

Le drame du député maire d’Evry, c’est d’avoir comparé le PS au Titanic et Martine Aubry à son chef d’orchestre continuant de jouer pendant le naufrage… Sinon Lang peut continuer à porter des lettres de Sarkozy, se déclarer pour Hadopi… Je ne veux même pas évoquer l’abstention d’Arnaud Montebourg sur cette loi. Au fait, Valls avait suivi la consigne de vote du groupe ?

On peut aussi refaire l’histoire récente, tant qu’on y est : son élection est un exemple de démocratie, le PS s’est remis au travail dès janvier, le "printemps des libertés" a été un franc succès, et enfin oui le PS a gagné les élections européennes.

Sinon, Madame la Première secrétaire sur un sujet plus important : est-ce que oui ou non, aurons-nous un vrai débat sur la convention économique ? Avec des textes contradictoires, des amendements, un vote des militants…

Le reste n’est que littérature.

Je n’aime définitivement pas les signes d’autoritarisme à géométrie variable… ça montre un certain vide et un certain désarroi…

Vous pouvez me blâmer, je ne vous dois rien, je ne dois rien au parti.


Source le blog de Marc Vasseur

Edit de la rédaction du Post, ce mercredi matin, à 11h:
- Après avoir pris connaissance de cette lettre, Manuel Valls était "de très mauvais humeur", mardi soir, selon Europe 1. "C'est du jamais vu, ça augure mal de la suite... Moi qui pensais me calmer, ils ne vont pas être déçus!", a-t-il confié à un journaliste de la radio.

- Laurent Fabius a apporté son soutien à Martine Aubry."Il faut quand même qu'il y ait un pilote dans l'avion (...) Au Parti socialiste il y a toujours eu une grande liberté. Mais il y a des limites à ne pas franchir", a-t-il déclaré ce mercredi matin.

   
   A lire sur LePost.fr:
         - Valls après la lettre d'Aubry: "Moi qui pensais me calmer, ils ne vont pas être déçus!"
         - Aubry à Valls: le PS, aime-le, ou quitte-le!
         - Fabius soutient Aubry face à Valls: "Au PS, il y a des limites à ne pas franchir"
         - La lettre de Martine Aubry à Manuel Valls
         - Aubry-Valls: l'exclusion, forcément l'exclusion...



Par  marcvasseur sur LE POST

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Manuel Valls après la lettre de Martine Aubry:

"Moi qui pensais me calmer, ils ne vont pas être déçus!"

  Par La rédaction du Post       publiée par la rédaction du Post                                    

      Le député-maire d'Evry assure qu'il "ne quittera pas le PS" après que Martine Aubry lui a écrit une lettre pour le mettre en garde...

Martine Aubry et Manuel Valls.

Martine Aubry et Manuel Valls.

Elle a craqué... en prenant la plume.

Martine Aubry a écrit une lettre à Manuel Valls pour le mettre en garde et lui demander de faire un choix: soit il arrête de critiquer le PS et il joue plus collectif, soit il quitte le parti.

Dès mardi soir, sur Le Post, la posteuse Nina Simone a publié la lettre en y insérant ses commentaires. L'intégralité de cette lettre a été publiée ce mercredi par leparisien.fr.

"Il n'y a pas un jour, mon cher Manuel, où tu n'expliques aux médias que notre parti est en crise profonde, qu'il va disparaître et qu'il ne mérite pas de se redresser (...) Si les propos que tu exprimes, reflètent profondément ta pensée, alors tu dois en tirer pleinement les conséquences et quitter le Parti Socialiste", écrit notamment la première secrétaire du PS.

Manuel Valls.Valls: "C'est du jamais vu, ça augure mal de la suite..."

Après avoir pris connaissance de cette lettre, Manuel Valls était "de très mauvais humeur", mardi soir, selon Europe 1. "C'est du jamais vu, ça augure mal de la suite... Moi qui pensais me calmer, ils ne vont pas être déçus!", a-t-il confié à un journaliste de la radio.

"Je ne quitterai pas le PS, pas plus que je ne vais me taire"
, a déclaré le député-maire d'Evry ce mercredi matin au Monde.fr.
Pour le moment, il ne souhaite pas réagir publiquement. Il se donne "quelques jours avant de répondre avec calme et sérénité" à la lettre de Martine Aubry qu'il qualifie de "caporalisme"

Pourquoi Valls est-il la cible d'Aubry?

Est-ce la présence de Manuel Valls à la golden-party de l'Elysée, mardi, qui a définitivement décidée Martine Aubry? Ou sa proximité avec la droite? Le fait qu'il soit déjà candidat déclaré aux primaires du PS dans l'optique de 2012? Ses critiques répétées contre la direction du PS? Sa volonté de changer le nom du parti? Peut-être un peu de tout à la fois...

Le 10 juin, sur France 2, Manuel Valls déclarait par exemple: "Il faut faire éclater l'organisation du PS":

(Sources: France 2 / FullHDReady)

Une certitude: en lançant cet ultimatum au député-maire d'Evry, Martine Aubry envoie en même temps un avertissement à toutes les personnalités du PS. Un message qui veut dire, en substance: faites-attention, ne sortez pas du rang, je veille... et suis prête à sévir.

Le message sera-t-il entendu à Solférino?

Edit de la rédaction du Post, ce mercredi, à 12h:
Laurent Fabius a apporté son soutien à Martine Aubry."Il faut quand même qu'il y ait un pilote dans l'avion (...) Au Parti socialiste il y a toujours eu une grande liberté. Mais il y a des limites à ne pas franchir", a-t-il déclaré.                     

   
   (Sources:             Le Post.fr,             leparisien.fr,             Europe 1,             France 2,             Le Monde.fr)

   
   A lire sur LePost.fr:
         - Aubry à Valls: le PS, aime-le, ou quitte-le!
         - La lettre de Martine Aubry à Manuel Valls
         - Fabius soutient Aubry face à Valls: "Au PS, il y a des limites à ne pas franchir"
         - Martine Aubry veut du silence dans les rangs: la bonne méthode pour relancer le PS?
         - Aubry-Valls: l'exclusion, forcément l'exclusion...

 

                            Par La rédaction du Post