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TCE  : dix ans de déni démocratique

Le 29 mai 2005, les Français rejetaient un texte européen visant à graver dans le marbre le néolibéralisme. À ce séisme politique, l’Europe aurait pu (et dû) répondre par une démocratisation de son mode de gouvernement. C’est le choix inverse qui l’a emporté.

Il y a dix ans, le peuple français rejetait le traité constitutionnel européen. Rarement un référendum aura autant fait l’événement. Des mois durant, le pays s’est passionné pour l’enjeu de ce scrutin, décortiquant le texte qui lui était soumis, prenant part au débat de multiples manières. Signe de cette indéniable mobilisation populaire, près de 70 % des électeurs ont participé au scrutin. Du jamais vu dans aucune élection européenne, pour un résultat incontestable : le 29 mai 2005, à une large majorité (54,7 %), les Français rejetaient, à contre-courant de la quasi-totalité des appareils politiques – de l’UMP aux Verts en passant par le PS – et des médias, un texte européen visant à graver dans le marbre les règles économiques du néolibéralisme. Si le souvenir de cette insurrection civique fatale au traité constitutionnel reste vivace, c’est moins pour la recomposition politique qu’elle a esquissée qu’en raison de la réponse que lui ont donnée les chancelleries. Pour la première fois dans l’histoire de la construction européenne, un pays, qui plus est « fondateur », en contestait l’orientation. Non par réaction souverainiste, mais par antilibéralisme. À ce séisme politique, l’Europe aurait pu (et dû) répondre par une démocratisation de son mode de gouvernement. C’est le choix inverse qui l’a emporté. Le texte recalé est revenu, deux ans plus tard, sous la forme du traité de Lisbonne. Sans consultation populaire cette fois. Et les traités suivants n’ont fait que confirmer cette pente libérale et autoritaire.