Transparency International a publié ce mardi une enquête qui s'intéresse à cet argent amassé par les parlementaires en plus de leurs indemnités.

Vincent Kessler / Reuters
Les eurodéputés français champions des revenus annexes.

POLITIQUE - Onze sur trente. Les Français sont en nombre dans le classement des membres du Parlement européen qui ont les plus gros revenus annexes. Environ la moitié des 74 élus français à Bruxelles (51%) sont concernés. Seuls les Belges (62%), les Autrichiens (56%) et les Danois (54%) le sont davantage. La moyenne européenne est à 31%.

Transparency International a publié ce mardi une enquête qui s'intéresse à cet argent amassé par les parlementaires en plus de leurs confortables indemnités.

 

 

Chaque mois, ils touchent déjà 8500 euros mais certains doublent ou triplent cette somme. Sur la période 2014-2018, c'est un peu plus de 5,4 millions d'euros (le plus fort total du Parlement européen) que les 38 eurodéputés français ont touché en plus, soit une moyenne de 120.000 euros pour ces parlementaires.

Individuellement, c'est Renaud Muselier qui est tout en haut du classement. L'élu marseillais, président de la région Paca, a gagné plus de 800.000 euros d'euros tirés de ses activités dans le milieu médical. Médecin de formation, il est aujourd'hui à la tête de deux cliniques dans sa région. La médecine est également ce qui a permis à son collègue LR Philippe Juvin (chef des urgences de l'hôpital Georges Pompidou) d'amasser au moins 170.000 euros sur la période.

Le problème des avocats et lobbyistes

Au-delà de la possibilité de cumuler ces différentes fonctions et de faire correctement son travail de député européen (Renaud Muselier en cumule 15), Transparency International s'inquiète du cumul avec des activités de lobbying qui peuvent plus directement impacter le travail des élus. "Ces situations sont une source potentielle de conflits d'intérêts, a fortiori lorsqu'il s'agit d'activités de conseil ou d'avocat-conseil", indique ainsi l'ONG.

Parmi les Français qui sont concernés figure au premier chef Rachida Dati. Entre 2014 et 2018, l'ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a déclaré 768.000 euros tirés de son cabinet d'avocat sans que l'on sache qui la rémunère. Pointée du doigt pour ses liens avec GDF-Suez et poursuivie dans les allées du Parlement par Elise Lucet pour l'émission Cash Investigation, la maire du VIIe arrondissement avait nié.

Mais les membres du groupe ENF fondé par Marine Le Pen et Matteo Salvini ne sont pas en reste. Jean-Luc Schaffhauser et Bernard Monot sont notamment pointés du doigt. Le premier pour des revenus dépassant 440.000 euros (tirés d'une société basée à Dubaï) et le second pour un total de 240.000 euros comme cadre-économiste-financier.

Considérant que les contrôles du Parlement européen sont insuffisants, Transparency International fait quatre propositions:

  • Interdiction pour les eurodéputés d'activités de lobbying en marge d'un mandat et instauration d'une période de carence pour les sortants.
  • Obligation de transmettre plus de détails sur la nature des activités conservées.
  • Amélioration du contrôle effectué par le parlement Européen
  • Mise en place d'une autorité indépendante pour sanctionner les abus.

Alexandre Boudet Journaliste politique au HuffPost

lien : https://www.huffingtonpost.fr/2018/07/10/lobbying-les-eurodeputes-francais-champions-des-revenus-annexes_a_23478499/